24 – Le Pouzin – Allex : le patrimoine

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a voir en cévennes La confluence Drôme -Rhône, l’île de Printegarde : Située le long du Rhône sur les communes de Livron et La Voulte, cette zone est recouverte de vastes roselières favorables à la nidification des oiseaux d’eau et le stationnement de milliers de canards en hiver. A la confluence la Réserve Naturelle de Printegarde accueille oiseaux migrateurs et plus d’une centaine d’espèces de libellules. Balisage et panneaux d’interprétation sur les sentiers de randonnée, le long des cours d’eau. La confluence est un lieu privilégié pour l’observation des oiseaux migrateurs au printemps et à l’automne. Outre son intérêt écologique, cet île présente un attrait paysager devenu rare et typiquement Rhodanien.

h histoire Le Pouzin : à l’origine, il existait une ville Romaine sur le territoire de Le Pouzin : Batania, mais la cité fut ravagée par des barbares au Vème siècle, puis par les Sarrasins au VIIIème siècle. Au cours de son histoire, Le Pouzin a connu de nombreuses périodes de guerres destructrices, notamment pendant les guerres de religion, car le Pouzin abritait une forte population de Protestants, qui furent persécutés par les armées royales au XVIIème siècle.
h histoire Le franchissement du Rhône : il n’était pas un obstacle majeur pour les exilés, le Rhône étant souvent gelé en hiver (exemple dans les Mémoires de Michel Forest) et guéable au moment des basses eaux estivales (lônes et broteaux) Une lône désigne un bras mort d’un fleuve qui reste en retrait du lit de ce fleuve et se trouve alimenté en eau par infiltration ou en période de crue. Son tracé et sa morphologie peuvent alors fortement évoluer sous la puissance des remous et la quantité de sédiments déplacés. Le terme lône était utilisé à l’origine pour le Rhône, mais il est aussi étendu à d’autres cours d’eau notamment l’Isère. On parle de « broteaux » pour désigner les ilôts inondables, en constante évolution formés par les lônes, ce sont des écosystèmes remarquables Les lônes, avec leurs eaux stagnantes, présentent des écosystèmes riches et font souvent l’objet d’initiatives de préservation. Elles sont constituées d’habitats particulièrement favorables à la biodiversité : forêts alluviales, saulaies arbustives, eaux douces stagnantes eutrophes, herbiers d’hydrophytes et roselières. Les « vorgines », (osier, saule) désignent les lieux où pousse la ‘vorge’ (saule), végétation caractéristique des lônes et broteaux. Les lônes du Rhône abritent de nombreuses espèces, dont certaines espèces protégées emblématiques : – des mammifères : Castor d’Europe, Loutre d’Europe, – des oiseaux : Martin pêcheur, Blongios nain, Milan noir, – des chiroptères (chauves-souris) : Petit et Grand rhinolophe, Petit et Grand murin, Minioptère de Schreibers, Murin de Bechtein, – des insectes : Agrion de Mercure, Damier de la Suciss.

h histoire LIVRON Perché au centre de la moyenne vallée du Rhône et à la porte d’entrée de la Vallée de la Drôme, le site du Haut-Livron a toujours occupé une position stratégique de premier plan. Ses armoiries symbolisent bien la valeur de ce site : Une tour et un verrou.
En cette fin de Moyen Age, les marchés et les foires battent leur plein, les échanges s’organisent. On assiste à un tel essor de la ville, qu’aux alentours de 1500, elle déborde largement des murailles. La première moitié du XVIe siècle est la période au cours de laquelle le bourg perché a compté le plus d’habitants : la forte population et la plénitude du fonctionnement des institutions locales font que cette période peut être considérée comme « l’âge d’or » du bourg perché. Cette petite ville en pleine croissance devait accueillir favorablement la Réforme. Le mouvement allait être favorisé par la nomination d’un nouvel évêque pour Valence et Die : Jean de Montluc. Large d’esprit, acquis à l’idée d’une réforme de l’Église catholique, cet évêque sera très réceptif aux nouveautés dans son diocèse. À Livron, le noyau réformé a grossi rapidement. Les responsables protestants n’ont pas tardé à écrire à Genève pour obtenir un pasteur. Et, alors que les passages de troupes se multipliaient, le jeudi 7 mai 1562, le pasteur Jehan Penin, envoyé de Genève, arriva à Livron. Le 24 mai, les habitants décidèrent de le garder : l’Église réformée de Livron était née et elle se trouvait solidement établie. Une place protestante (1562 – 1633). Le 27 avril 1562, La Motte-Gondrin, Lieutenant général de Dauphiné, avait été tué à Valence, ce qui avait enclenché la guerre civile dans la province. Fief réformé, Livron sera concerné par la guerre dès cette année 1562, avec l’hébergement de troupes, les fournitures d’hommes et de vivres, mais les opérations ne toucheront directement le bourg qu’au printemps 1570 lorsque le chef protestant Montbrun y logera une partie de sa troupe. Le coup de force royal de la Saint-Barthélemy, en août 1572, fera cesser un temps les actions militaires et le pasteur livronnais Pierre de Vinays ira se réfugier à Genève. Mais, dès 1573, Montbrun reprendra les opérations. Livron assiégé une première fois sans succès en juin-juillet 1574, sera de nouveau encerclé, de décembre 1574 à janvier 1575, par des troupes royales fortes de 6 000 hommes. Ce siège mémorable, succès pour les assiégés, fera entrer Livron dans la grande histoire ; mais les suites seront bien difficiles en raison de l’épuisement des ressources et des dégâts occasionnés, la vieille ville étant partiellement détruite, une grande partie de ses murs ayant servi à renforcer l’enceinte extérieure. Cédé aux troupes royales en vertu d’un accord provincial, Livron sera totalement démantelé en 1582. Réoccupé par les troupes protestantes, le bourg retrouvera une nouvelle enceinte en 1590 avant de devenir, en 1599, l’une des douze places de sûreté accordées aux protestants en Dauphiné. Le XVIIe siècle allait voir une perte progressive d’influence du parti protestant local. L’abjuration du pasteur livronnais Barbier en 1615 sera comme un prélude à ce recul. En 1623, Livron sera définitivement démantelé. La terrible épidémie de peste de 1629/1631 passée, la lutte reprendra et cette fois le parti catholique en sortira vainqueur : saisie du temple protestant en 1632, temple qui deviendra l’église catholique du lieu. Et la démolition du château en 1633, sur ordre de Louis XIII et Richelieu, allait marquer une nouvelle étape : pour Livron son emploi de place forte était terminé. Lors du démantèlement des remparts, seule subsistera « la tour du diable » (Tour de Raspans) à laquelle personne n’osera toucher… Accrochée au versant de Brézème, cette tour garde encore son mystère issu de faits étranges… La légende veut que cette tour soit habitée par des êtres surhumains qui se réservaient la garde de la forteresse. Lorsqu’on introduisait, le soir, un soldat pour faire le guet, au sommet de cette tour… au lever du jour, celui-ci était retrouvé mystérieusement endormi, au pied de la colline et, cependant, les portes étaient closes. Il n’avait rien vu, rien entendu…
La puissance du parti protestant local a été peu à peu anéantie de 1635 à 1684. D’abord, les catholiques, bien que toujours très minoritaires, ont intrigué pour obtenir des avantages dans l’administration communale. Un accord intervint le 28 janvier 1635 : dorénavant, le conseil de la communauté, qui était élu chaque année, serait mi-parti, c’est-à-dire qu’il serait constitué de 3 conseillers de chaque culte.
Trente ans plus tard, bien que toujours largement majoritaires, les protestants allaient passer au second rang dans l’administration locale. En effet, à partir de 1666, le conseil restera mi-parti, mais on élira chaque année deux consuls, un de chaque culte, le premier consul étant nécessairement catholique. Cette prééminence était aussi assurée par la présence à toute réunion du conseil, du curé Antoine Bellin en tant que syndic des catholiques. Puis vint le temps d’éliminer purement et simplement la religion protestante. Furent employés par l’État à la fois la carotte et le bâton : on offrait une prime ou l’exemption d’impôt en cas d’abjuration, sinon on menaçait d’envoyer les dragons. Les interdictions de culte et les ordres de démolition des temples vont se multiplier dans la région de la fin 1683 à la fin 1684. Les protestants livronnais n’abjureront pas facilement ; il faudra, à l’automne 1685, de dures dragonnades pour que les choses changent. Des pages manquent dans le registre paroissial de Livron, et tout ne peut être comptabilisé, mais du 10 au 16 octobre 1685 seulement, le curé va enregistrer 420 abjurations…Quelques autres suivront jusqu’en novembre, et il y en avait certainement eu déjà beaucoup avant le 10 octobre. Cela s’était passé de façon analogue dans tout le pays, si bien que, sur le papier du moins, presque tous les protestants avaient abjuré. Aussi, le 17 octobre 1685, à Fontainebleau, Louis XIV put-il signer la révocation de l’Edit de Nantes : les protestants ayant presque tous rejoint – disait-il – la religion catholique, l’Edit était devenu sans objet. Un chiffre significatif : en 1687, deux ans après la Révocation, l’évêque de Valence comptait, parmi les 1 366 Livronnais, 71 % de « nouveaux convertis » (anciens protestants). C’est-à-dire qu’ici, avant la Révocation, la reconquête catholique « régulière » n’avait été qu’amorcée. Des Livronnaises et des Livronnais émigrèrent : on trouve trace d’une trentaine d’entre eux secourus par la Bourse de Genève. Cette émigration se dirigea surtout vers l’Allemagne. La fin du règne de Louis XIV devait être bien difficile. En 1701, un nouvel impôt, la capitation, était déjà venu accroître les charges, mais bientôt une catastrophe météorologique, le terrible hiver de 1709, amènera de nombreux décès et une recrudescence de la misère. Bien qu’interdite désormais, la religion protestante ne s’était pas éteinte. Dans le milieu familial, les protestants entretenaient leur foi qui gardait ainsi une étonnante vitalité : les nombreux enterrements « aux champs » que note le curé livronnais dans son registre paroissial en apportent la preuve
Les Livronnais doivent se remettre à vivre dans une ville dévastée ou d’autres malheurs viennent s’ajouter : Encore la peste qui fait des coupes sombres dans la population, les difficultés agricoles du milieu du siècle, les continuels passages de troupes, et, à partir de 1685, les persécutions religieuses qui suivent la révocation de l’Edit de Nantes.
L’horizon s’éclaircit vers le milieu du XVIIIe siècle : L’industrie de transformation de la soie est en plein essor : filatures, moulinages, tissages et élevage du vers à soie créent de nombreux emplois. D’imposants bâtiments en témoignent encore à Livron et dans toute la Vallée de la Drôme.
Le Rhône est alors un moyen commode d’acheminer les marchandises sur de nombreuses barques. Si celles-ci n’ont pas trop de difficulté pou descendre le fleuve, pour remonter le courant, elles doivent être tirées par de nombreux et lourds chevaux de trait.
La batellerie sur le Rhône emprunte les chemins de halage et fait vivre les riverains du fleuve. Certains tiennent auberges et accueillent les mariniers, d’autres ont la charge des équipages de chevaux à renouveler.
En 1767 commence la construction du pont de pierre actuel qui enjambe la Drôme. Diligences, coches et charrettes peuvent enfin emprunter la Grande Route Royale (RN 7) sans se soucier des crues. Celles-ci avaient emporté plusieurs ponts et de nombreux convois qui empruntaient le passage à gué depuis 1521.
Un mot sur l’agriculture. Livron a été d’abord une commune essentiellement rurale. Son territoire comprend trois zones : au sud-est, un petit massif crétacé dominant la Drôme, à l’est des restes de terrasses alluviales constituant le « coteau », à l’ouest une vaste plaine s’étalant jusqu’au Rhône. Cette tripartition village-coteau-plaine a, durant des siècles, marqué la vie livronnaise. Du point de vue agricole, le coteau et la plaine n’offraient pas jadis les mêmes possibilités : les sols légers du premier ont été longtemps préférés aux terres lourdes de la seconde qui réclamaient un outillage et des attelages puissants. Il a fallu attendre le XVIIIe siècle avec l’essor démographique, l’utilisation de meilleures charrues et l’irrigation par canaux pour voir s’engager véritablement la mise en valeur de la vaste plaine livronnaise. Cette mise en valeur qui, d’abord, a accompagné l’essor démographique, l’a ensuite prolongé et modulé en se conjuguant à l’essor commercial, artisanal et industriel de Livron aux XIXe et XXe siècles.
Sources : Regard sur le passé Livronnais – Site web Mairie de Livron / Histoire de la vie des habitants de Livron : 450 ans de présence protestante : Jean Pierre Bernard, édition du Crestois 2012. Histoire du Département de la Drôme -Les Protestants- collection Histoire et Patrimoine Drômois de Jean Noël COURIOL . 2005